Catch en Suisse, Adrian Johnatans

Le Catch un « sport-spectacle »


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Photo : Chris Burgisser
Ci-dessus : Adrian Johnatans

​Pendant nos recherches sur l’univers alternatif, nous nous sommes intéressés à un sport différent, musclé et violent, mais surtout très divertissant : le catch !

Le catch qu’on le connaît de nos jours est né vers la fin du 19ème siècle. Dans les foires d’autrefois, des lutteurs défiaient les spectateurs, les invitant à les affronter sur un ring, avec prix en jeu. Souvent, les spectateurs qui acceptaient étaient des lutteurs embauchés par les dirigeants du cirque dans le but d’amuser les visiteurs.
Aujourd’hui le catch a bien changé. Les ligues, les associations, les codes et les récompenses diffèrent selon les pays. Afin de mieux comprendre cet univers nous avons posé quelques questions au catcheur suisse d’origine britannique Adrian Johnatans.


Peux-tu nous expliquer comment fonctionne le catch ?
« En un mot: sport-spectacle ! »
 
Les règles ?
« Il faut river son adversaire au sol pour un compte de 3 pour remporter un match. Les coups avec poings fermés ainsi qu’avec la pointe des pieds sont interdits. Pas plus de 5 secondes dans les cordes, pas d’étranglement (à la trachée), pas de coup dans les parties intimes ou dans les yeux. Il est interdit de volontairement projeter l’adversaire à l’extérieur du ring.
Le combat prend fin lorsque:

  • Les épaules ont été rivées au sol pour un compte de 3. 
  • L’un des combattant abandonne en tapant trois fois au sol ou en l’indiquant à l’arbitre. 
  • Un membre de l’équipe jette un linge pour indiquer l’abandon.
  • Le combat ne peut plus continuer en toute sécurité (K.O. technique).
  • Un combattant n’est plus en mesure de continuer (K.O.).
  • La limite de temps prédéfinie a été atteinte. »

 
L’univers ?
« Que dire ? Il existe autant de réponses que de personnes impliquées de près ou de loin dans ce sport. Je dirais que la partie incontournable reste l’aspect sensiblement manichéen du catch et la nécessité d’une catharsis. L’univers du catch dépend alors de sa période dans le temps et de sa zone géographique. »

« Il existe autant de réponses que de personnes impliquées.  »

Les prises ?
« Il en existe des centaines, et autant de variantes pour chacune d’entre elles. Pour résumer il y a les grands groupes qui sont les coups, les clés et les jetés. Dans les coups, les classiques sont les coups d’avant-bras, les manchettes et les coups de genou. Au niveau des clés il y a les clés de bras, les clés d’épaules, et toutes les prises de soumission qu’on peut imaginer. Les jetés (ce que le public aime le plus) sont les souplesses, les écrasements et autres démonstrations de forces qui finissent en dos ! »

Les titres (récompenses) ?
« Comme à la boxe, la plupart des titres sont représentés sous forme de « ceinture » (pas celle qu’on met au pantalon, mais une énorme plaque de métal gravé sur de larges pièces de cuir). En Suisse les deux titres reconnus sont la ceinture Suisse, surnommée « Helvetic Championship », ainsi que la ceinture du championnat Romand. »

« En Suisse les deux titres reconnus sont la ceinture Suisse, surnommée « Helvetic Championship », ainsi que la ceinture du championnat Romand. »

Comment as-tu commencé le catch?
« J’ai fait mes premières armes au Royaume-Uni quand j’avais 14 ans. Après ça j’ai participé à quelques « camps d’entraînement » à droite et à gauche et j’ai pu décrocher quelques combats. »

Qu’est-ce qui t’as donné envie de continuer le catch?
« Au delà de l’incroyable défi physique que cette pratique oppose, c’est surtout la réflexion nécessaire qui m’a fait rester. Pour être catcheur il ne faut pas seulement être un très bon athlète, il faut également savoir lire le public présent, le comprendre et le faire aller là où il faut afin de le marquer et de devenir un catcheur « demandé ». Parfois les catcheurs avec le plus de victoires ne sont pas les plus populaires par manque de charisme ou de présence. Et puis l’apprentissage du catch a quelque chose de très initiatique. C’est un univers fermé où il faut de la patience et de la volonté. »
 
Comment est-ce que tes proches ont réagi lorsque tu leur as annoncé que tu pratiquais ce sport?
« Il n’y a pas eu d’annonce, c’est un apprentissage dans lequel je me suis engagé et qui au fil des ans est arrivé à une situation professionnelle. Il y a tout de même un épisode datant de mes 16 ans où j’ai demandé à ma mère l’autorisation de partir faire un combat à l’étranger et elle m’a lancé une savate à travers la pièce en guise de réponse. Précisons que j’étais dans une phase où j’avais décidé que les études n’étaient pas pour moi. »

« Au delà de l’incroyable défi physique que cette pratique oppose, c’est surtout la réflexion nécessaire qui m’a fait rester. »

Est-ce que tu te vois encore faire du catch durant les 10 prochaines années?
« Je suis actuellement en arrêt car les ligaments de mon épaule sont distendus et ça empire à chaque combat. Mon retour sur le ring est tout à fait conditionnel ; par contre mon implication dans le catch dans 10, 20 ou 30 ans ne me laisse aucun doute. Il y a tellement de choses intéressantes à faire que les opportunités ne manquent pas. Malgré ma blessure je continue d’entraîner mes élèves à Lausanne ; et l’organisation et la production des galas a pris le pas sur ma carrière en attendant de voir la suite. »
 
Qu’est-ce que les gens ne connaissent pas à propos de l’univers du catch et qui pourrait les surprendre?
« Il y a certains clichés tenaces sur le catch que je n’aime pas. Il y a des gens fans de sport qui pensent qu’il n’y a pas de compétition dans le catch et qu’il s’agit d’une grande mascarade. À ceux-là je réponds que l’aspect « show-business » est présent dans tous les sports, mais il a une plus grande part dans le catch pour diverses raisons. Je les invite à venir voir de leurs propres yeux à quoi ressemble un combat afin de découvrir qu’il s’agit bel et bien d’un sport de compétition. 
Et il y a d’autres gens qui voient dans le catch un stupide spectacle de seconde zone bon pour le « tiers peuple ». Ceux-là aussi je les invite à venir découvrir le digne héritier du théâtre antique marié à la grandeur et à l’épique des combats de gladiateurs avec une touche de commedia dell’arte. C’est surtout un spectacle qui a beaucoup de niveaux de lecture et peut ainsi toucher les sentiments d’un analphabète comme ceux d’un professeur de littérature
. »

« Je les invite à venir découvrir le digne héritier du théâtre antique marié à la grandeur et à l’épique des combats de gladiateurs avec une touche de commedia dell’arte. »

Comment vois-tu l’avenir du catch en Suisse?
« De 2004 à 2014 nous sommes passés du néant total à la mise en place d’une fédération de catch et de plusieurs clubs affiliés à travers les cantons. De nombreux catcheurs évoluent aujourd’hui sur la scène professionnelle européenne, avec même un magazine dédié à la fédération de 2008 à 2009. Alors d’ici à 2024 j’ai bon espoir pour que le catch suisse devienne quelque chose de grand et d’apprécié à sa juste valeur. Car il y a des perles ici qui sont très demandées à l’étranger et qui ont beaucoup de potentiel. »
 
Quels sont les inconvénients que tu as rencontrés dans ta carrière?
« Voyager dans des petites voitures d’une ville à l’autre pour faire des combats, les risques de blessure et d’arrêt soudain d’une carrière, l’absence totale de compensation sociale et les innombrables requins qui nagent dans le catch. Mais ça ne fera jamais pencher la balance car il y a aussi la sensation unique qu’on retrouve à chaque combat, l’esprit de fratrie qui se développe au fil des kilomètres parcourus, ce que nous donne le public et les quelques rencontres incroyables que l’on peut faire. »
 
Pour une personne qui souhaiterait commencer le catch, quels sont les conseils que tu lui donnerais ?
« Avant toute chose, avoir un plan d’avenir pour garantir un gagne-pain car avant de devenir pro le catch nécessite un investissement en temps et en argent. Et surtout il faut garder à l’esprit qu’une seule mauvaise chute peut stopper net la plus prometteuse des carrières. Ensuite il est important de bien choisir son enseignement et ne pas chercher la facilité. Il y a certains endroits où vous ne payez pas grand chose et où on ne vous demande pas de vous impliquer et vous pouvez librement « jouer au catcheur » – mais c’est tout ce que vous pourrez accomplir…
Pour finir, soyez honnêtes avec vous même. Êtes-vous vraiment fait pour cet univers, ou n’est-ce qu’un caprice ? Si vous ne vous sentez pas prêt à faire tous les sacrifices qui sont impliqués, alors assumez pleinement votre statut de fan et impliquez-vous en tant que tel, car c’est aussi comme ça que le catch peut vivre. Mais il y a aussi de nombreuses manières de participer activement à cet univers. Votre voie n’est peut-être pas sur le ring. »

« D’ici à 2024 j’ai bon espoir pour que le catch suisse devienne quelque chose de grand et d’apprécié à sa juste valeur. »

Peux-tu terminer cette phrase : « Pour moi le catch c’est… » ?
« Un microcosme et une lentille grossissante du monde. »
 
Comment est vue une femme catcheuse ?
« Encore une fois tout dépend des régions. Je vois qu’en sans que chaque mâle n’y voie un potentiel incubateur pour sa semence et c’est une très bonne chose. La plupart se donnent à fond pour présenter des combats de qualité afin que le catch féminin soit apprécié pour son athlétisme et non pas pour sa plastique. Au passage j’invite les intéressés à rechercher « Joshi puroresu » pour découvrir le catch féminin au japon qui a ses propres clubs et fédération et mérite le coup d’oeil. »

« Un microcosme et une lentille grossissante du monde. »

En 2017 où et quand pourra-t-on assister (en Suisse romande) à des combats de catch ?
« Le lieu habituel: Des combats chaque mois à la période hiver-printemps au TACO’S BAR au Flon à Lausanne et d’autres dates à travers la Suisse romande on l’espère pour le reste de l’année, pour rester informé: www.spw-catch.com. »

Taco’s Bar Sàrl        
Rue de Genève 17
1003 Lausanne
+41 21 320 15 25
info@tacos-bar.ch

www.tacos-bar.ch

Swiss Power Wrestling
Ch.sous-bois 23
1400 Yverdon
+41 78 733 86 56

info_spw@yahoo.fr

www.spw-catch.com
Auteur : Alex Daraio

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