Fanny Clavien

Fanny Clavien
Championne d’hier, femme d’aujourd’hui


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Photo: Fanny Clavien
Ci-dessus : Fanny Clavien

« Les histoires d’amour finissent mal en générale » chantaient les Rita Mitsuko en 2001. Ce mois-ci, je vous emmène découvrir cette romance entre Fanny Clavien et le karaté. Cette histoire au contraire de la chanson finit bien.

« Quand j’ai eu 5 ans, ma maman m’a montrée les activités que proposait la commune. Il y avait de la natation, du badminton, du foot, du karaté. J’ai dit que je voulais faire ça (ndlr le karaté). Elle m’a demandé si je savais ce que c’était. J’ai répondu que non mais que c’était ce que je voulais faire. »  Cette rencontre entre une petite fille hyperactive et un sport qu’elle décrit comme créatif et tactique est le fruit du hasard. Le karaté est un art de combat se pratiquant mains nues lors de kumité (ndlr le combat) ou de kata (ndlr enchaînement de techniques réalisées dans le vide), le corps y est sollicité dans son ensemble. Par sa philosophie, il va au-delà d’un simple sport. Il pousse à une quête de soi, une maîtrise à la fois physique et mentale dans l’objectif d’une harmonisation.  Le coup de foudre s’est concrétisé et l’amour ne l’a pas lâché durant ces 25 dernières années. « La première fois que j’ai reçu mon training d’équipe national, j’ai dormi avec. J’avais 17 ans. » Le karaté devenait alors son partenaire de jour comme de nuit.

«  J’ai dit que je voulais faire ça (ndlr le karaté). Elle m’a demandé si je savais ce que c’était. J’ai répondu que non mais que c’était ce que je voulais faire. ​»

Le constat est sans équivoque, conjuguer sa vie de femme et ses envies de titres ne fonctionne pas. « Après je n’aime pas parler de sacrifice, parce qu’il y a quelque chose de négatif. Mais il est clair, qu’il faut faire des concessions. Je pense que c’est comme dans un couple au final, il faut des fois mettre un peu d’eau dans son vin. » Le choix était posé, elle visait l’élite mondiale. Le code moral du karaté défend l’idée d’honneur, de courage et de sincérité. « J’y allais pour être championne du monde. (…) je n’étais pas là pour acheter du terrain. » Fanny Clavien cumula dès lors un double 100%, un total sport et un total travail pour financer ses ambitions. Elle évoque la difficulté à tenir une frontière imperméable entre les deux. « Quand je suis au travail, il faut que j’y sois totalement même si j’ai mal à la tête parce que j’ai reçu un coup (ndlr lors d’entraînement ou de compétition). » En conclusion, même si elle évoluait dans la fine fleur du karaté suisse, elle parle plutôt d’amateurisme du fait de son double mandat (ndlr le karaté et son travail).

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Photo: Fanny Clavien
Ci-dessus : Fanny Clavien
Pour se faire une place dans ce monde plutôt masculin, Fanny Clavien a compris très tôt qu’elle devait aller au-delà de ce qui était demandé. La réussite se trouve dans le dépassement de soi et la persévérance. « Il faut montrer qu’on est là, pour se faire respecter par les autres mecs (ndlr les entrainements sont mixtes). » Même si le karaté reste un sport plus souvent associé aux hommes, les femmes y sont bien représentées en championnat du monde (ndlr environ 60).​

« J’y allais pour être championne du monde. (…) je n’étais pas là pour acheter du terrain. »

En 2016, Fanny Clavien annonce sa retraite sportive après 16 titres de championne suisse et 3 titres européens dans ses bagages, une décision réfléchie. « J’avais prévu une année à l’avance de mettre un terme à ma carrière. Quand je l’ai annoncé, je n’étais pas trop sûre. Mais au final plus les mois passés, plus je sentais que la décision que j’avais prise était la bonne. J’étais un petit peu en bout de course psychologiquement de devoir gérer cet aspect de travail à 100%, m’entraîner à 100%. Il faut être honnête, j’arrive sur mes 30 ans (ndlr le 21 avril), mon corps n’est plus le même. (..) La plus grande peur que j’ai eue, c’est d’être aigrie. Pousser encore et encore par peur de lâcher, un peu comme une maman avec son enfant. Je me suis dite qu’il fallait vraiment que je regarde le karaté avec des étoiles pleins les yeux. » L’histoire d’amour finit donc bien. Fanny Clavien vit toujours à 200 à l’heure entre salle de fitness, wakesurf (ndlr championne suisse) et ses matinales avec son ami Patrick Philippoz sur « Vertical Radio ». Comme elle le dit ça déménage.​

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Photo : @steven_marquis

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Photo : @pikartphotography
Néanmoins, le karaté fait et fera toujours parti de la femme qu’elle est. Cette discipline met au centre de son enseignement le développement de la personnalité et de la confiance en soi.  « Le sport à haut niveau m’a appris à poser des choix, les bons choix. Si tu trompes, tu dois recommencer. Tu ramasses, tu tombes K.O., tu dois te relever et aller plus loin. » La femme et la sportive se confondent sans cesse. Lorsqu’on lui demande si Fanny Clavien est plutôt chic ou choc, la réponse est franche et tranchée. « Je pense que dans la société où l’on vit actuellement, je suis choc. Je ne rentre peut-être pas dans le moule. Je suis très tatouée, je n’ai pas peur de dire ce que je pense, de rire à pleine bouche. Je suis souvent sans demi-mesure. »​

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Photo : @deetcheese
Ci-dessus : Fanny Clavien
Une femme décomplexante qui porte un regard plein de bienveillance sur la femme d’aujourd’hui. « Je me souviens, je disais à mon grand-père que je voulais faire partie de la police à moto. Il me répondait qu’une femme c’était derrière le bureau. J’en rigolais quand j’étais petite, mais aujourd’hui ça prend tout son sens. (…) On a beaucoup évolué. Mais je pense qu’il y a encore pas mal de chose à faire. Je ne veux pas parler d’égalité salariale, mais juste dans la confiance que les femmes ont. On peut se dire « j’ai le droit » et « Je peux ». Je pense qu’on est encore un peu trop timide. Mais on a cette force de caractère qui fait que quand on a vraiment envie, peu de chose peuvent nous briser ou nous empêcher d’y aller. » Le karaté offre donc une belle opportunité aux femmes comme aux hommes de gagner en assurance, de se construire une identité forte ayant comme valeurs : le respect, la fidélité, l’humilité et la bienveillance.​

« On (ndlr les femmes) peut se dire « j’ai le droit » et « Je peux ». Je pense qu’on est encore un peu trop timide. Mais on a cette force de caractère qui fait que quand on a vraiment envie, peu de chose peuvent nous briser ou nous empêcher d’y aller. ​»

La femme d’aujourd’hui doit prendre son destin en main comme l’a fait Fanny Clavien. Elle doit s’assumer. « Le principale dans la vie est d’être bien comme on est, de kiffer ce qu’on est, de kiffer ce que l’on représente, de simplement kiffer la vie qu’on a. »


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Ci-dessus : Patrick Philippoz & Fanny Clavien

Auteur : Mégane Massy

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