Julie Kueng

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Photo : D’Agostini Photographie
Ci-dessus : Julie Kueng

C’est dans sa chambre d’adolescente que la peintre d’origine suédoise, Julie Kueng, nous accueille. La jeune artiste nous emmène avec elle à l’intérieur de ses rêves et nous présente son univers avec honnêteté et passion. Malgré ses airs de femme-enfant, elle répond à nos questions avec conviction et maturité. Un sympathique voyage au cœur de l’esprit d’une amoureuse de la peinture et de l’art.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

« Je m’appelle Julie Kueng, j’ai 24 ans. Je suis actuellement à la HEAD (Haute École d’Art et Design) à Genève dans le but d’obtenir mon bachelor et je suis en option « Représentation ». Concrètement dans cette option, on peint. Ce que j’aime faire particulièrement en art c’est bien entendu peindre, mais aussi dessiner ou faire des bidules bizarres en sculpture avec des objets de récup’. Sinon j’aime bien modifier des photos et tout ce qui est en rapport avec la culture digitale. »

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Photo : Julie Kueng

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours et de ce qui t’a poussé à faire de la peinture ?

« Le déclic est arrivé quand j’avais 13 ans. Je me suis rendue compte que je ne faisais pas grand-chose à pars me balader dans la forêt et admirer la nature. En même temps, j’ai aussi appris que j’étais allergique aux animaux et que je ne pourrais jamais devenir vétérinaire. À cette période, j’ai commencé à regarder des mangas parce que ma sœur en regardait et j’ai beaucoup aimé leurs dessins et leurs musiques. Ça m’a donné envie de faire pareil. J’ai commencé à dessiner des mangas et à chanter des musiques en japonais. Je me suis assez vite demandée quel métier il était possible de faire en dessinant, et c’est comme ça que j’ai voulu devenir professeure de dessin. »

Tu as eu ce déclic pour le dessin à 13 ans en dessinant des mangas. La culture japonaise est une grosse source d’inspiration pour toi ?

« Clairement, mais aussi beaucoup les jeux vidéo. J’aime beaucoup leurs effets visuels et leur côté fantastique/science-fiction. »
Ci-dessus : « pollution technologique » de Julie Kueng 2016

Qui sont les artistes qui t’inspirent le plus ?

« Souvent, les artistes qui me parlent le plus sont ceux qui questionnent par rapport à la place de la technologie dans notre monde actuel. Mon artiste phare est Beb-Deum. C’est un illustrateur qui a une vision un peu plus contemporaine, il a plus de développement dans ses œuvres. Par contre, ce qui m’a fait vibrer et pousser à peindre, c’est des artistes comme Turner ou Goya. C’est des peintres qui étaient un peu seuls face au monde à leur époque et ils avaient un peu ce côté rêveur qui m’a toujours plu. »

Décris-nous ton style

« Actuellement, je me cherche. Globalement, ce qui m’intéresse le plus c’est tout ce qui est en rapport avec la culture digitale comme le « Glitch » (effets visuels dus à des bugs informatiques), tout ce qui est science-fiction aussi. Ça me passionne et j’aimerais m’en inspirer en peinture, d’une manière ou d’une autre. Avant, je cherchais souvent à illustrer cette technologie, je faisais aussi des mondes fantastiques. »​

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Photo : Julie Kueng
Ci-dessus : peinture inspirée de « Ghost In The Shell » de 2017, Julie Kueng

Qu’est-ce que tu cherches à provoquer chez les personnes qui regardent tes peintures ?

« Pour moi, il y a vraiment un avant et après. Plus jeune, je cherchais à faire des mondes fantastiques pour faire rêver les gens avec moi, leur imposer un peu ma vision du monde. Je prenais toujours des choses réelles comme des paysages qui existent par exemple, et je les amenais dans mon monde. Les gens pouvaient se référer au lieu et d’un coup, rêver avec moi. Actuellement, mon but est toujours de faire rêver mais aussi d’interpeller et poser des questions. Par exemple, je me rends compte de plus en plus que la nature doit cohabiter avec la technologie et celle-ci ne doit pas seulement la remplacer. C’est des questionnements que je me fais de plus en plus et je pense que dans la société dans laquelle on vit, ce sont des questions que tout le monde devrait se poser. J’aimerais bien réussir à travers mon art à questionner, le rendre un peu « vindicatif » dans le but de pousser à la réflexion. »​

Si tu avais une machine à voyager dans le temps, quelle époque choisirais-tu pour exercer ton art ?

« Si je pouvais visiter une époque, j’irais au 19ème siècle peindre avec les Romantiques. Mais en même temps, je n’ai vraiment pas envie de vivre durant cette période-là parce que je me rends compte de tous les mauvais moments qu’il y avait. Je pense que vivre dans le présent reste le mieux. »​

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Photo : Julie Kueng
Ci-dessus : peinture de 2017, Julie Kueng

Tu as une page Facebook qui s’appelle « Time to Imagine », pourquoi avoir choisi ce nom ?

« Concrètement, je voulais montrer mon art et il me fallait donc un nom de page. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un nom en rapport avec les sujets qui me parlent le plus. Le temps qui passe est un truc qui me fascine et aussi, la notion de temps en art, cette manière qu’à une œuvre de traverser les époques. L’imagination est aussi cette chose qui peut te faire vivre, te faire rêver et à partir du moment où tu prends le temps d’imaginer, tu prends aussi le temps de te questionner et d’avoir des idées. Je ne voulais pas non plus d’un nom en français: je voulais que ça puisse aussi intéresser des personnes non francophones. »​

As-tu eu un moment précis où tu t’es décidée à montrer tes peintures au monde ?

« Pas vraiment. J’ai toujours voulu montrer créations et partager avec les gens, même si c’est pour recevoir des critiques négatives. J’ai l’impression que si tu fais de l’art juste pour toi, c’est un peu pour faire ta propre psychanalyse. C’est impossible d’évoluer si tu ne montres pas ce que tu fais et ça n’aide pas les autres à évoluer non plus. »​

Jusqu’ici, ta page Facebook t’a-t-elle apporté des occasions exceptionnelles ?

« Une fois, ça m’a apporté un job. Je commençais à avoir de plus en plus de monde sur ma page et avec le bouche à oreille, j’ai fini par pouvoir enseigner comme professeure de dessin à l’école secondaire. Cette page m’a aussi fait venir des clients : je travaille volontiers sur commande, si le projet me plait, parce que c’est important pour moi d’essayer de créer les images que les gens imaginent et qu’ils n’arrivent pas à faire eux-mêmes. Une fois, alors que j’étais dans une convention de comics à Paris, un gars est venu vers moi parce qu’il m’avait reconnue de ma page Facebook. Ce genre de rencontre fait vraiment plaisir et je reçois beaucoup d’amour des gens qui me suivent »​

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Photo : Julie Kueng
Ci-dessus : « Une réalité rêvée » Cathédrale de Lausanne, Julie Kueng 2017

« C’est important pour moi d’essayer de créer les images que les gens imaginent. »

Quelle a été la commande qui t’a le plus marquée ?

« Ma première commande. Ce client voulait un dragon avec des libellules. D’après lui, c’était un portrait de sa femme. J’avoue n’avoir vraiment pas tout compris sur le moment, mais ensuite, il m’a expliqué que quand sa femme s’énerve, pour lui, c’est un dragon et elle avait toujours tendance à lui répondre « mais non, je suis une petite libellule ». J’ai trouvé ça drôle et l’idée était tellement originale que j’étais terriblement contente de réaliser cette commande. Oui, ce n’était qu’un dragon et des libellules mais il avait une histoire personnelle derrière. »​

La noirceur, à l’intérieur de tes œuvres, est souvent « cachée » par des couleurs très vives. Est-ce voulu ou inconscient ?

« Je pense que je vis à 90% dans la noirceur, mais je n’ai pas envie de m’y attarder. J’ai l’impression que la noirceur, on n’a pas trop envie de la voir. Moi, je n’ai pas tellement envie de la montrer non plus. On a tous un côté sombre. Je préfère ignorer le mien, le laisser dans un coin, et mettre en avant cette petite lueur qui dénote avec tout ce noir. »​

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Photo : Julie Kueng
Ci-dessus : commande du dragon et des libellules. Julie Kueng 2015

Tu n’as jamais pensé à exposer tes peintures ?

« Un ami m’a proposé mais je ne pense vraiment pas en avoir envie actuellement. Je n’ai pas la prétention de dire que j’ai trouvé suffisamment mon style ou ma voie. Dans le futur, quand j’aurais plus de toiles qui ont un rapport les unes avec les autres, là ce sera le bon moment. »​

« Pour que les humains puissent vivre ensemble, ils doivent avoir un minimum d’empathie. »

Quelles sont les 3 valeurs qui te sont chères ?

« Je n’ai pas envie de citer plusieurs valeurs. Pour moi, la valeur la plus importante de toute est l’empathie. Si tu es capable de comprendre ce que l’autre pourrait vivre en face, ou alors en tous cas essayer de le comprendre, alors tu as tout gagné. Pour que les humains puissent vivre ensemble, ils doivent avoir un minimum d’empathie »​

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Photo : Julie Kueng
Ci-dessus  : “An imaginary world has no ending” Julie Kueng 2015

Outre la peinture, que fais-tu d’autre en art ?

« Faire de la musique. Je chante dans un groupe de rock à Lausanne et je suis aussi pianiste. J’ai voulu aussi faire quelques petites choses en audiovisuel mais ce n’est clairement pas mon medium favori. »​

Quels sont tes projets à cours et longs termes ?

« À court terme, je pense vouloir faire essentiellement de l’expérimentation comme par exemple peindre sur de nouvelles matières. À long terme, enseigner, même si je n’apprécie pas particulièrement imaginer le futur si loin. »​

Pour finir, es-tu plutôt chic ou choc ?

« Chic, mais par élimination. Je n’aime pas les gens qui interpellent en choquant.  « Choc » pour moi a un côté un peu négatif. »​

Retrouvez Julie sur Facebook et Insta !


Auteur : Dai Bossailler​

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