La mode et la culture Ballroom

Avant de se jeter en deathdrop dans l’émergence de la culture ballroom et drag dans le monde de la mode, j’ai jugé opportun de s’instruire sur les débuts de cette culture drag et de voir les moyens qui ont aidé à son émergence.

Comme l’a dit Hanzy Keat LaBeija, father européen de la house LaBeija, dans son interview , que je vous invite vivement à lire, la Ballroom est un mouvement né dans les années 60 dans la communauté LGBTQ afro-américaine et latinx. C’était un lieu où la communauté LGBTQ pouvait se retrouver, se maquiller, se déguiser et défiler lors d’événement appelé des « balls ». Ces derniers sont des défilés collectifs dans lesquels sont imposés des thèmes/catégories qui varient d’événement en événement. Aujourd’hui, les balls sont toujours considéré comme une culture underground. En revanche, les drags queens, les pionnières de cette sous-culture, sont de plus en plus « mainstream » notamment grâce à la télé-réalité et au réseaux sociaux.

Mais il ne faut pas oublier que la télé y est aussi pour beaucoup. En Février 2009, les premières images de la série télé « RuPaul’s Drag Race » sont diffusé sur les postes américains. Dans cette télé-réalité, l’animateur, la célèbre drag queen Rupaul, est à la recherche de la meilleure drag queen des États-Unis. A travers des épreuves mettant en avant la créativité, la singularité, l’audace et le talent, les participantes sont éliminées une à une jusqu’à ce que la grande gagnante soit couronnée lors de la final. Depuis sa création, la série est devenue culte. Connue pour ses participantes toutes plus drôles et extras que les unes que les autres, c’est surtout les memes reprenant les meilleurs moments des épisodes qui l’on fait connaître du grand public. Ses challenges, ainsi que les expressions telles que « The shade ! », « opulence ! », « yaaaas ! » ou encore « werk ! » sont un hommage à la Ballroom dont la série est entièrement inspirée. Maintenant disponible sur le monstre mondial du streaming, Netflix, cette culture s’est répandue au sein d’un nouveau public qui dépasse la communauté LGBTQIA+. L’émission « RuPaul’s Drag Race » est à la fois divertissant mais aussi instructif, en nous enseignant sur la culture drag. Cela est un grand pas en avant pour une communauté souvent marginalisée qui, dès lors, est vu et reconnu par un public plus large. Merci à RuPaul d’avoir aidé le grand public à se rendre compte du talent et de la beauté des drags queens sans lesquels le monde serait beaucoup plus triste. Keep giving us life hunties ! Dans le monde de la mode, les créateurs s’arrachent les « Rugirls », surnom donné aux participantes de l’émission. Il est presque impossible de regarder un défilé sans voir une Drag queen dans le cortège ou au bord du podium. Si elles ne sont pas aux Fashion Weeks, elles sont dans les plus grand magazines de mode. Cette année, La gagnante de la septième saison de RuPaul’s Drag Race, Violet Chachki, a figurée dans l’édition d’octobre de Vogue Italia. Dans celle-ci, elle pose pour la collection du jeune designer turc, Koral Sagular, collection créée en réponse à des séries de crimes contre la communauté LGBTQ. Sagular a créé un vêtement distinct, composé d’une veste bleue de style militaire, en l’honneur Hande Kader, une femme transsexuelle turque assassinée en 2016[1].

Cette image, en plus de nous montrer l’émergence des drag queens dans des magazines tel que Vogue Magazine, nous montre comment nous pouvons utiliser la mode et les vêtements afin de propager un message qui nous tient à cœur. Choisir Violet Chachki comme mannequin donne plus de sens et d’importance au message car elle est un symbole pour les personnes queer qui sont persécutées jour après jour. Cette année encore, lors de la fashion week du Mexique, c’est Valentina, de la saison 9 de RuPaul’s Drag Race, que l’on retrouve sur le podium portant les tenus du créateur mexicain Benito Santos. Elle représente ainsi un emblème de force et d’inclusion qui nous montre qu’il n’y a pas qu’un seul standard de beauté.

À la fashion week de New York, Aquaria, gagnante de la dixième saison de RuPaul’s Drag Race, a défilé pour le show très attendu Savage x Fenty, organisé par nul autre que Rihanna. Aquaria suintait à la fois féminité et masculinité, réappropriant ainsi les sous-vêtements à sa façon. C’est ça aussi la mode, quelque chose avec laquelle nous pouvons jouer et à laquelle nous pouvons rajouter notre sauce, et c’est exactement ce qu’a fait Aquaria comme le montrent bien ces images :

A la gauche nous avons une Aquaria qui nous sert du Butch Queen realness avec sa posture virile, et à la droite nous avons une Aquaria qui vogue de manière sensuelle et provocatrice. WERQ IT ! Grâce à ces représentations de drag queens et de la culture drag, le monde de la mode devient plus riche et inclusive. Ces représentations donnent l’impression aux drags queens d’être vues et célébrées pour qui elles sont, et pourraient encourager des personnes ayant trop peur de se déguiser en drag par peur d’être jugées par leur famille ou par la société. À toutes ces personnes-là, je voudrais leur adresser une citation de RuPaul qui dit : « La seule chose qui clochait chez moi c’est que je pensais que quelque chose clochait chez moi. »


[1]Traduit de l’article de Vogue Italia d’octobre 2019 trouvé sur : https://www.vogue.it/moda/article/koral-sagular-designer-turco-violet-chachki

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