Le but de Toussaint

L’art de sublimer le peu


Bonjour, et bienvenue dans le monde merveilleux de Jean-Philippe Toussaint.
L’un des rares auteurs contemporains qui, lorsque l’on s’applique à lire un de ses livres – n’importe lequel, dans n’importe quel sens – laisse dans un coin de notre tête un rythme qui façonne nos gestes encore quelques jours, quelques mois, ou années.

Il y a de la lenteur chez Toussaint – mais elle a un rythme latent, sensuel.
Au milieu de cette intemporalité méditative, il y a de l’absurde (toujours). Peut-être un peu de Beckett au fond du tiroir, un clown triste qui ne réussit jamais ses caniches en baudruche. Chez Jean-Philippe Toussaint, il y a une ribambelle de visages. Des personnages intelligents de silence, de retenue et de sensibilité. Le livre Football ne déroge pas à règle.

Un livre qui n’est pas pour tout le monde

L’écrivain met en garde : ce livre ne plaira pas aux intellectuels qui dénigrent le football, ni même aux amateurs de foot qui le trouveront trop intellectuel. Le ton est donné.
En effet, il ne s’intéresse ni à la technique, ni au monde social et politique du sport : il s’intéresse aux sensations qu’il procure.
Le roman se décompose en de brefs chapitres autour des coupes du monde de football, ressassant dans le désordre des épisodes de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge-adulte. Des réminiscences proustiennes aux retranscriptions nues de matchs, de 1998 à 2014, l’écriture transporte sur le terrain, dans l’agitation des maillots, mais également dans le sofa, dans la torpeur estivale, les terrasses de café. Il y a le jeu, mais aussi les sensations autour du jeu.

Photo

Photo : maisondelapoesieparis.com
Ci-dessus : Jean-Philippe Toussaint

Le foot cosa mentale

Pour le narrateur, le football n’est pas que dépense physique. Il naît dans notre imaginaire, s’y déploie et s’y apprécie. D’où les petites mythologies intimes que nous avons tous autour du football. Premier match vu dans un stade, première projection en plein air sur grand écran, sous la pluie, entre la bière et le café. L’amourette d’été en parallèle à la victoire de l’Italie, le match loupé que nous étions bloqués dans des embouteillages…
D’ailleurs, petit, le narrateur marquait des buts imaginaires au milieu du salon. Puis, il a déménagé à Paris. En entrant dans ‘’la réalité’’, le monde puéril des adultes, comme il aime l’écrire, il devient spectateur et apprécie la régression assumée qu’entraîne le foot. Il associe les matchs retranscrits au confort primaire. Pour lui, le football est un remède aux misères du quotidien. Que peut-il bien nous arriver d’autre lorsque nous regardons un match ? Le sport nous tient à distance de la mort.
C’est le temps qui ne s’écoule pas totalement, sur le terrain, le gazon trop vert et les chaussettes qui grattent. C’est une parenthèse abstraite et rassurante.
Toussaint s’éloigne souvent du sujet de ces livres : peu à peu, il n’est plus question de la balle, mais de la vie autour du football. Le stade en lui-même, les transports publics pour le rejoindre, la ville, l’agitation autour de l’événement. On observe le narrateur qui observe les joueurs.
C’est un roman qui se lit par à-coup : chapitre par mi-temps. À la terrasse d’un pub. Dans sa baignoire.  Une chose est sûre : après avoir lu Jean-Philippe Toussaint, vous ne regarderez plus un match de la même manière.

Livre
Jean-Philippe Toussaint « Football »
128 p. (poche)
​ISBN : 9782707328984
19.- CHF en librairie

Auteur : Laure Federiconi

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