Le eSport

Le eSport
Un sport contemporain plus que digital


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Photo : Lausanne-sport eSport
Ci-dessus : Structure eSportive, le Lausanne-sport eSport​

Créée le 1er août 2015, le Lausanne-sport eSport (anciennement appelé Qualitas Helvetica) est une structure eSportive vaudoise. Composée de 25 membres, elle a su remporter deux fois de suite le titre de champion Suisse Hearthstone et ainsi pu se rendre dans des compétitions dans toute l’Europe. Son but n’est pas seulement de remporter le plus de prix possible, mais il est également de pouvoir élargir les horizons du eSport Suisse en permettant à celui-ci de gagner en visibilité et en crédibilité. C’est un pari gagné qu’ils ont réussi à réaliser en intégrant le FC Lausanne-sport entant que l’équipe officiel eSportive Lausannoise. Son président, Frédéric Boy, a pris le temps de répondre à nos questions par rapport à cet univers qui ne cesse de grandir.

Qu’est-ce que le Lausanne-sport eSport​ ?
« Nous sommes ce que l’on appelle, dans le milieu eSportif, une structure. C’est une association de plusieurs membres, que ce soit au niveau organisationnel ou compétitif, qui va nous permettre de participer à des compétitions de eSport. »

Qu’est-ce que le eSport ?
« Il s’agit d’une pratique compétitive de plusieurs jeux vidéo choisis par la communauté et non par les développeurs de jeux. »
 
Combien de membres avez-vous ?
« Actuellement, nous sommes 25. »

« Il s’agit d’une pratique compétitive de plusieurs jeux vidéo choisis par la communauté et non par les développeurs de jeux. ​»

Comment est composée votre structure ?
« Nous avons un board composé de 5 personnes qui prennent des décisions concernant les sponsors, les partenariats ou encore gèrent les différentes équipes. Nous sommes soutenus par des graphistes, des rédacteurs et des correcteurs. Nous avons aussi un département événementiel et logistique qui va nous aider à organiser nos tournois. Les managers et les coachs gèrent les équipes et certaines teams ont des responsables sponsors. »

Est-ce que le board s’occupe aussi de choisir les jeux pour les joueurs ?
« Non, cela est déjà défini. Par exemple, nous avons 5 joueurs entrainés et spécialisés dans le jeu Counter Strike : Global Offensive (CS : GO). »

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Photo : plati.com
Ci-dessus : Jeu vidéo Counter Strike : Global Offensive
Est-ce que vous vivez des compétitions d’eSport ?
« Non, en Suisse, cela est quasiment impossible à cause du coût de la vie. Cependant, il y a de plus en plus de professionnels dans le monde, notamment en France. Si nous voulons avoir une équipe entièrement professionnelle, il faudrait que nos joueurs vivent en France et cela n’est pas notre but. Ce que nous désirons, c’est pouvoir développer le eSport localement. »

« Ce que nous désirons, c’est pouvoir développer le eSport localement. »

Comment fait-on pour entrer dans l’eSport ?
« C’est un milieu assez libre, il vous suffit de créer votre équipe et de l’inscrire à la SESF (Fédération Suisse de ESport). Vous y serez les bienvenus, que vous soyez bon ou mauvais. Le eSport est aussi une passion. Plus on est intéressé par un jeu, plus on va chercher à intégrer une équipe qui y joue. »
Est-ce qu’il y a une différence entre le sport PC et le sport console ?
« Il n’y a pas de réelle différence, si ce n’est que le eSport console est moins développé et moins populaire. »

Est-ce que vous avez des filles dans vos équipes ?
« Très peu, nous sommes d’ailleurs critiqués par les filles de la communauté qui nous reprochent de ne pas en prendre. Nous ne sommes pas contre l’idée d’avoir des joueuses, c’est juste que l’occasion ne s’est pas encore présentée. »

Comment reconnait-on un bon joueur ?
« C’est compliqué à dire. Soit on se base sur son palmarès, donc sur ses précédentes victoires, soit on perçoit quelque chose chez la personne qui fait que l’on va prendre le risque de l’encadrer et l’entraîner en espérant qu’un jour elle deviendra un champion. »


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Photo : Lausanne-sport eSport
Ci-dessus : « Bozo », Champion PolyLAN #27 2016
Est-ce que vous avez des sponsors internationaux ou suisses ?
« Actuellement, nous avons uniquement des sponsors suisses. »

Comment les recrutez-vous ?
« Nous faisons nous-mêmes la démarche avec un dossier sponsoring. Nous avons également eu une émission sur Couleur 3 qui nous a permis d’avoir des contacts. »

Quelles sont les compétences à entrainer pour être un bon joueur ?
« Cela dépend du jeu. Par exemple, pour un jeu comme Overwatch, étant une discipline d’équipe, il faut un certain esprit d’équipe et de communication. Individuellement, il faut ce qu’on appelle le « skill individuel », cela concerne les réflexes, les connaissances du jeu, les mécaniques, etc. »

Comment se déroule un entraînement ?
« On se connecte à une heure précise. Les 10 premières minutes, on va rigoler entre potes, puis le capitaine de l’équipe va nous ramener les pieds sur terre. Nous lançons le jeu et travaillons des stratégies que le capitaine aura élaboré auparavant. À la fin de l’entraînement, nous prenons 10-15 minutes pour faire un débrief de ce qui s’est bien ou mal passé durant l’entraînement. »


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Photo : futhead.com
Ci-dessus : Jeu vidéo FIFA 2017
Est-ce qu’il vous arrive de vous réunir en IRL (in real life = dans la vraie vie) ?
« Oui, mais c’est rare. Notre équipe est composée de personnes venant de toute la Suisse romande, ce qui rend les réunions dans la vraie vie un peu compliquées. Mais, il nous arrive de nous rencontrer les weekends au QWERTZ après nos tournois. ​»

Quels sont les jeux auxquels vous jouez ?
« Nous jouons à Hearthstone, Overwatch, Counter-Strike: Global Offensive, Rocket League et FIFA. »

Est-ce qu’il y a un régime particulier à avoir ?
« La bière ! Plus sérieusement, le eSport ne demande pas un énorme effort à faire en ce qui concerne la nutrition. Beaucoup de nos joueurs, les plus performants, font également du sport, mais cela n’est pas pour améliorer leur jeu mais pour le plaisir. Le plus important est de maintenir une vie active et de respecter son sommeil. Un bon joueur compétitif aura besoin de sortir, voir des proches et faire d’autres activités pour que lorsqu’il se retrouve derrière son PC, il puisse se donner à 200 %. »​

« Le plus important est de maintenir une vie active et de respecter son sommeil. Un bon joueur compétitif aura besoin de sortir, voir des proches et faire d’autres activités pour que lorsqu’il se retrouve derrière son PC, il puisse se donner à 200 %. ​​»

Comment est-ce que l’on distingue le jeu de l’entraînement ?
« La barrière est très mince pour certains. Ils veulent être les meilleurs, du coup, il est difficile pour eux de faire la différence entre le jeu et la compétition. En ce qui me concerne, je préfère jouer à d’autres jeux pour pouvoir m’amuser et garder ceux sur lesquels je m’entraine pour la compétition. »

Est-ce qu’il y a un niveau particulier pour pouvoir entrer dans votre équipe ?
« C’est le capitaine ou le manager de l’équipe en question qui décide si un membre a le niveau ou pas pour entrer dans l’équipe. Par exemple pour Overwatch nous demandons généralement d’avoir au minimum le rang master ou grand master. »

Comment est-ce qu’un jeu est choisi pour les compétitions eSport ?
« C’est le rêve de tous les développeurs de jeux que leurs créations deviennent le sujet des compétitions, car cela rapporte beaucoup financièrement. Cependant, c’est la communauté qui choisit. Le créateur de World of Tanks a dit : « Il ne faut pas créer un jeu pour que celui-ci devienne un jeu de compétition, mais il faut le développer afin qu’il plaise, soit amusant et équilibré. Grâce à cela, le jeu deviendra un phénomène eSport ». »

Comment choisissez-vous vos jeux de compétitions ?
« Nous choisissons de jouer à certains jeux, parce que nous avons des affinités avec eux, mais il y a aussi une question de rentabilité. Cela nous coûte d’entretenir nos joueurs, ce qui veut dire que nous devons également choisir des jeux qui vont nous apporter de la visibilité. »

Quel est le revenu maximum d’un joueur en Suisse ?
« Il est compliqué de donner un chiffre exact parce que nous payons leur déplacement, frais de logement et autres. Un très bon joueur peu gagner environ 5’000.00 CHF par année. »

Comment est choisie l’équipe nationale pour les tournois mondiaux ?
« Pour Overwatch ou Hearthstone, par exemple, ce sont les développeurs qui ont lancé des votes de popularité parmi les meilleurs joueurs suisses. Ce qui n’est pas très apprécié par la communauté, car les participants ont été choisis par rapport à leur popularité et non leur performance. »


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Photo : knowyourmeme.com
Ci-dessus : Jeu vidéo Overwatch
À quel âge faut-il commencer pour être un bon joueur ?
« À partir du moment où la personne est encadrée par ses parents, elle pourra commencer le eSport. Mais certains commencent au plus tard à 20 ou 25 ans. »

Qu’est-ce qu’un eSportif gagne comme compétences à force de jouer aux jeux vidéo ?
« Il va surtout améliorer sa concentration, sa gestion du stress, son travail d’équipe et surtout voir une grande amélioration de son temps de réflexion. »​

« Un eSportif va surtout améliorer sa concentration, sa gestion du stress, son travail d’équipe et surtout voir une grande amélioration de son temps de réflexion. ​»​

À quel âge se termine une carrière d’un eSportif  ?
« Le eSport étant une discipline récente, il est difficile de donner un chiffre précis. On observe qu’à partir de 25 ans les réflexes deviennent plus lents, mais il y a des eSportifs qui jouent encore alors qu’ils ont plus de 30 ans. »

TF1 va lancer une télé-réalité basée sur l’eSport, qu’est-ce que vous en pensez ?
« (Rigole) No comment. Lorsqu’une chaîne de télé commence à s’approprier des domaines comme le eSport, cela n’est jamais bien vu, surtout pour en faire une télé-réalité. Alors là, nous avons touché le fond. Cela pourrait apporter une certaine visibilité voire même une crédibilité pour le eSport, mais si le but est de se moquer de la communauté, alors cela n’en vaut pas la peine. »

Comment se déroule un match d’eSport ?
« C’est comme aller voir un match de foot. Il y a une enceinte dans laquelle se trouvent les joueurs et les matchs sont diffusés sur des écrans géants. Les eSportifs sont alignés sur une scène avec des écrans derrière eux, ce qui permet aux spectateurs de voir leur moindre réaction. »​


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Photo : Lausanne-sport eSport
Ci-dessus : Équipe CS:GO Lausanne-sport eSport
Pour les joueurs comment ça se passe ?
« Il y a deux types de joueur. Il y a celui qui va perdre ses moyens, se liquéfier et du coup, ses mouvements seront peu précis. Et il y a celui qui est acclamé par la foule et qui en demandera encore plus. »

Est-ce que vos victoires vous aident à obtenir plus de sponsors ?
« Oui. Par exemple, nous avons été deux fois de suite champions Suisse au jeu Hearthstone ce qui nous a permis de nous légitimer auprès des sponsors qui été beaucoup plus encouragés à mettre leur nom sur nos maillots. »

Pourquoi utiliser des maillots de sport et pas de simple t-shirt comme uniforme ?
« C’est cette quête un peu infernale de la crédibilité. De venir aux tournois avec de simples t-shirts en coton ne fait pas très sérieux comparé à une équipe qui viendrait avec des maillots de sport. C’est aussi pour une question de confort. Pour nos joueurs qui peuvent passer des journées entières dans des salles où tournent plusieurs PC à la fois, il est beaucoup plus agréable d’avoir des maillots laissant passer l’air facilement plutôt que des t-shirts en coton. »


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Photo : hearthpwn.com
Ci-dessus : Jeu vidéo Hearthstone
Comment choisissez-vous vos sponsors ?​
« Nous allons plutôt nous tourner vers des sponsors qui ont un intérêt à vouloir toucher la communauté. Donc, plutôt des entreprises informatiques ou encore des banques qui veulent se rapprocher des jeunes. »

Comment s’annonce le futur du eSport en Suisse ?
« Ça va beaucoup bouger. Cependant, en ce moment, il y a une bulle spéculative qui pense que, dans 5 ou 10 ans, ça va être quelque chose de grandiose, mais beaucoup ont peur de s’y investir. Personnellement, je pense que le professionnalisme va se développer, qu’il y aura plus de métiers dans le domaine et pourquoi pas, un moyen pour les chaînes de télévision de toucher les plus jeunes. Dans 10 ou 15 ans, le eSport sera devenu un sport comme un autre, voire même une discipline aux Jeux Olympiques. En Finlande, il est déjà reconnu comme tel et certains pays asiatiques y travaillent. »

« Dans 10 ou 15 ans, le eSport sera devenu un sport comme un autre, voire même une discipline aux Jeux Olympiques. ​»​

Qu’est-ce que vous changeriez dans l’eSport ?
« Beaucoup de choses. Mais au niveau national, je trouve ça un peu débile que nous ne nous soutenions pas entre structures. Au lieu d’avoir cette concurrence, ce serait plus intéressant de nous unir et ensemble, chercher de la visibilité. »
Est-ce qu’il y a une distinction des sexes, comme aux Jeux Olympiques, dans les tournois ?
« Non. Les équipes peuvent être composées d’hommes et de femmes. »

Est-ce qu’il y a de la variété dans les professions ou les âges de vos joueurs ?
« Oui, nous avons bien sûr plus d’informaticiens et de développeurs, mais il y a aussi des jardiniers, des garagistes ou encore des patrons d’entreprise. Nous ne prenons pas beaucoup de mineurs car cela demande énormément d’encadrement, mais sinon, dans la communauté, les gens ont entre 15 et 35 ans. »


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Photo : Lausanne-sport eSport
Ci-dessus : Frédéric Boy, président du Lausanne-sport eSport
Est-ce qu’il est possible d’être un eSportif professionnel sur plusieurs jeux ?
« Non, un jeu c’est déjà très contraignant et spécifique. »

Est-ce que vous vous intéressez à la meta (stratégie qui fonctionne le mieux developpée par les joueurs professionnels) ?
« On s’y intéresse mais, on la suit surtout. Ce seront principalement les joueurs professionnels de très haut niveau qui la change. »

Pour un développeur, est-ce qu’il est plus intéressant de développer un jeu pour l’eSport ou bien pour le grand public ?
« Si le jeu devient un eSport, alors il sera également apprécié par le public gamer en général. »


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Photo : Lausanne-sport eSport
Ci-dessus : Équipe CS:GO Lausanne-sport eSport
Quelle est la différence entre un gamer et un eSportif  ?
« L’eSportif voudra concentrer son jeu sur la compétition, s’intéresser aux tournois et y participer. Tandis que le gamer joue plus pour son propre plaisir sans vouloir participer à la compétition. »

Quelles sont les valeurs que devrait avoir un eSportif  ?
« Le respect de l’autre et le fair-play. »

Comment vit-on avec cet univers virtuel qu’est internet ?
« Cela forge un caractère, car il y a le même type d’acharnement qu’une personne subirait à l’école et il faut pouvoir vivre avec celui-ci. »

Comment convaincre une personne qui ne connait pas le eSport d’y jouer ou de s’y intéresser ?​
« Le grand public est souvent intimidé par le milieu du eSport et se dit qu’il est compliqué. Pour motiver une personne à s’y intéresser, il faudrait la prendre par la main et lui expliquer le vocabulaire, le déroulement des tournois et tous l’univers eSport. »

« Dans 10 ou 15 ans, le eSport sera devenu un sport comme un autre, voire même une discipline aux Jeux Olympiques. ​»

Est-ce qu’il faut savoir parler une langue pour pouvoir devenir eSportif ?
« Oui, je pense que l’anglais est primordial. »

Est-ce qu’il y a un pays où les joueurs sont particulièrement forts ?
« En Corée du Sud. Un jeu comme StarCraft est un sport national là-bas. Les joueurs professionnels sont des célébrités. »

Est-ce que tous les gamers ou eSportifs sont des geeks ?
« Non. »

Quel est le conseil que tu donnerais à une personne qui veut se lancer dans le eSport ?​
« Avant tout, il faut que ça parte d’une passion pour le jeu et d’une volonté à vouloir s’améliorer dans celui-ci jusqu’à ce que l’on se sente assez prêt pour pouvoir intégrer une équipe. À ce moment-là, il faut contacter la SESF qui va vous aider à trouver une structure à rejoindre dans votre région. »

Quel est votre but ?
« Ce que nous aimerions en finalité, c’est de pouvoir créer des académies qui nous permettraient d’encadrer des jeunes joueurs et même de pouvoir faire de la prévention contre la cyberdépendance. »

Qu’est-ce que la cyberdépendance et comment on s’en sort ?​
« Aujourd’hui avec la technologie, il est difficile de savoir si l’on est cyberdépendant ou pas. Si la personne sacrifie son hygiène de vie, c’est-à-dire son sommeil ou sa nutrition, pour passer plus de temps devant l’écran, alors cette personne est cyberdépendante. Ce que nous faisons, au Lausanne-sport eSport, c’est de suivre la personne et de lui organiser un planning qui va lui permettre de retrouver une bonne hygiène de vie. Si cela ne fonctionne pas, alors nous pouvons nous tourner vers des associations avec lesquelles nous sommes en contact. »


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Photo : Lausanne-sport eSport
Ci-dessus : Équipe CS:GO Lausanne-sport eSport

Pour plus d’info sur la structure eSportive le Lausanne-sport eSport​ cliquez ici
Auteur : Helen Antwi

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