L’expert en parfumerie, Philippe Cart

L’expert Philippe Cart nous transmet son savoir


Photo

Photo : Aurélia De Pierri
Ci-dessus : Boutique Philippe K

Rien de mieux pour parler d’amour qu’un expert en maîtrise des senteurs qui nous font perdre la raison. L’interview du mois est consacrée à Philippe Cart, un homme choc dans un domaine chic. Cet expert en parfumerie d’origine Sri Lankaise a déjà travaillé avec les plus grands et il a su faire de sa passion son métier. Mais il exerce aussi cette profession pour un but précis : transmettre ses connaissances au plus grand nombre.

Dans sa magnifique boutique au centre de Lausanne, Philippe nous a accueilli chaleureusement. Une ambiance sereine, des odeurs, un fond sonore mélodieux tout était en place pour nous faire passer un bon moment. Il s’installa au cœur même du lieu où il pratique ses consultations, mais cette fois-ci les rôles étaient inversés. Il prit place devant nous. L’interview pouvait commencer.

Pourrais-tu nous raconter ce qui t’a amené à être ici aujourd’hui ?
« Je n’ai jamais considéré que l’école était quelque chose qui forgeait les gens à la vie. Je pense qu’elle donne une base structurelle, mais j’ai su très rapidement que je n’étais pas fait pour les grandes études. Voilà pourquoi dès ma 9ème année d’école, je me suis tourné vers la voie de l’apprentissage. Je fais tant bien que mal mon parcours. Mais je n’ai pas du tout envie de rester à l’école, je sais que ma vie se passe ailleurs. J’étais passionné par le parfum dès mon plus jeune âge. Mon père avait cette culture du thé qu’il a vraiment voulu amener durant mon enfance, et le thé du Sri Lanka va être quelque chose de très important pour lui. Après avoir terminé mon apprentissage, l’appel de ma passion s’est fait ressentir, voilà pourquoi, à 18 ans, je décide de partir à Paris : là où tout se passe.
C’était un rêve de vivre à Paris, il y avait ce côté-là où, c’est Paris ! C’est formidable parce que je vais avoir un appartement de 18m2 dans le 20ème arrondissement. Cela veut dire que tu tendais le bras, tu ouvrais la fenêtre, tu tendais l’autre bras, tu ouvrais le frigo. Et du coup cela va être une période difficile mais également les plus belles années de ma vie.
À 19ans j’entre dans le groupe LVMH (Louis Vuitton, Moët, Hennessy). J’y rentre en sachant qu’il va falloir connaître le parfum. Là je suis formé par toutes les marques du groupe. Et pendant 2 ans et demi, je vais découvrir tous les secrets et comprendre comment une cliente peut acheter un J’adore de DIOR alors qu’il y a juste une femme qui rentre dans un bain d’or. Après cela je suis recruté par la marque L’Artisan Parfumeur, qui est la première marque de parfum de niche créé par Jean Laporte, ce qui fut un réel honneur pour moi. Je vais y rester 1 ans en tant qu’adjoint, avant de partir pour Madrid où je vais réintégrer le groupe LVMH. Mais cette fois-ci dans la mode. Pour moi qui n’aimais pas ce domaine, les années qui ont suivi étaient loin d’être un rêve, cependant un réele école. »

 » Je pense qu’il faut se perdre pour se rendre compte de ce que nous avons vraiment envie de faire dans la vie.« 

« Après une année à Madrid le groupe me nomme manager du prêt-à-porter au Louis Vuitton de Genève. Durant ces années passées dans la mode je me perds professionnellement. Je pense qu’il faut se perdre pour se rendre compte de ce que nous avons vraiment envie de faire dans la vie. C’est pour ces raisons que je vais quitter Louis Vuitton et revenir à ce que j’aimais le plus, le parfum. Je vais avoir la chance de travailler avec l’un des plus grand collectionneur au monde de parfum ; travailler avec lui signifiait avoir accès au patrimoine mondial du parfum, ce qui était exceptionnel. J’avais renoué mes liens avec ma passion et c’est là que j’ai décidé de créer Philippe K en ouvrant la première boutique en appartement. C’est également à ce moment qu’aura lieu le lancement de la bougie Philippe K dont l’objectif était de lancer une bougie respectant les règles de la haute parfumerie, soit 15 ingrédients nobles, à une concentration de 15%* mis dans une cire 100% végétale.

  • 1-4% = Eau d’été
  • 4-6% = Eau de Cologne
  • 6-9% = Eau de Toilette
  • 9-13% = Eau de Parfum
  • 14-20% Parfum

Le reste et un solvant (mélange) alcool + eau. »

Vertical Divider


Photo

Photo: Aurélia De Pierri
Ci-dessus: Bougie Philippe K
Lorsqu’on fabrique un parfum, est-ce qu’on y met des odeurs que l’on aime ?
« En fait nous voulons que la finalité nous convienne. La première personne à qui la bougie a plu, c’est à moi. Nous validons des essais, nous les sentons, et allons travailler la note pendant 9 mois. C’est une grande et longue collaboration.»

Quelle est la sensation que tu as eue lorsque la bougie fut terminée ?
« La sensation est exceptionnelle. Une fois que nous avons en main la dernière version, nous avons de la peine à y croire. C’est un peu comme un peintre, c’est rude de s’arrêter. C’est dur de se dire « c’est la dernière, je m’arrête là ». Tu as envie de continuer à l’améliorer, mais tu sais qu’à un moment donné il faut t’arrêter parce que toi-même tu veux la finaliser et la voir prendre vie, enfin !»

 » C’est un peu comme un peintre, c’est rude de s’arrêter. « 

Comment as-tu su que c’était la dernière et meilleure version ?
« C’était un dernier essai dans une des chambres de ma meilleure amie. Nous l’avons allumée, nous sommes les deux rentrés dans la pièce et c’était dingue ! Il y avait une luminosité exceptionnelle dans la note. Il fallait que la lime soit extrêmement ensoleillée tout en étant très riche en spiritualité par l’encens de somalie et mais également chaud par les baumes du Pérou et l’ambre noire. »

Est-ce que, comme pour un artiste et son œuvre, la bougie te représente ?
« Complètement. Elle est au-delà de cela, elle représente beaucoup d’énergie, beaucoup de force, beaucoup de faiblesse, tout ce que je suis, tout ce que nous sommes. »

 » Elle représente beaucoup d’énergie, beaucoup de force, beaucoup de faiblesse, tout ce que je suis, tout ce que nous sommes. « 

La bougie est une partie de toi, qu’est-ce que cela fait de la vendre ?
« C’est très dur mais en même temps nous sommes très fiers. »

Est-ce que les émotions ont des odeurs ?
« C’est une très bonne question. C’est l’analyse que nous faisons ici. Chaque matière première a une résonance émotionnelle. Nous sommes capables de savoir aujourd’hui que lorsque une personne choisit un parfum, c’est qu’il y a des raisons. Elle va peut être combler ce qu’elle n’a pas reçu, ou exacerber ce qu’elle aime chez elle, ou tout simplement vouloir apporter une vision au futur. Sans le vouloir, elle va choisir un parfum qui va l’amener à cet ensemble. Nous déterminons aujourd’hui par exemple que l’iris, c’est un manque maternel. »

Est-ce que les émotions changent suivant les pays ?
« Non. Je pense que la matière première est vraiment liée à quelque chose d’encré chez l’homme. Nous le voyons d’ailleurs en aromathérapie, l’huile essentielle possède une résonance thérapeutique proche de la résonance émotionnelle. C’est pourquoi l’encens peut aider à canaliser le sommeil, les cauchemars, c’est parce qu’il incarne l’âme. »

 » Je pense que la matière première est vraiment liée à quelque chose d’encré chez l’homme.​​ « 

Est-ce qu’une personne peut apprécier un parfum et plus tard le détester ?
« Oui, complètement. Chaque personne évolue. Du coup, à un moment précis, elle va choisir un parfum très gourmand, très sucré parce qu’elle aura besoin de sécurité. Puis au fur et à mesure, elle va évoluer, parce qu’elle se sera renforcée, elle sera passée par des étapes difficiles et son besoin de sécurité aura diminué, grâce à l’acquis dans des épreuves. Peu à peu, elle va se distancer du besoin « gourmand » pour évoluer vers une autre direction olfactive. »

Photo

Photo: Aurélia De Pierri
Ci-dessus: Haute parfumerie JUL ET MAD
Comment se déroule une consultation ?
« C’est très spécifique. C’est une analyse qui concerne ce que tu représentes olfactivement. Elle dure environ 1h30 et pour découvrir ta signature olfactive, nous devons analyser ce que j’appelle la « PAGE », c’est-à-dire ta Personnalité, ton Ancrage, donc ton histoire, tes Goûts et tes Émotions. Et en analysant ces quatre axes, nous pouvons facilement déterminer le parfum qui te ressemble le plus. Cela passe par des questions que nous ne donnons pas à l’avance pour éviter la préparation.​ »

Qu’est-ce qui te motive à continuer dans la parfumerie ?
« C’est un domaine qui n’a pas de limites. Nous pouvons tout faire. Tu n’es jamais à l’abri de te dire que demain il y aura un parfum que tu n’avais jamais senti qui va venir exploser tous les autres que tu avais en tête. C’est aussi un domaine dans lequel nous pouvons nous permettre d’être soi-même parce que nous parlons clairement de nous-même. C’est un domaine dans lequel il y a tout à transmettre, et c’est vraiment ce que je veux faire. Pour moi un expert qui n’est pas capable de transmettre, n’est pas un expert. »

 » C’est un domaine dans lequel il y a tout à transmettre​​ « 

Comment devient-on un expert ?
« Lorsque un client entre en boutique et qu’il ne connaît pas du tout cet univers, il est très surpris du niveau de conseil que nous proposons. C’est malheureux, mais au fil du temps, cela c’est perdu dans le monde de la parfumerie. Je propose aussi des formations individuelles ou en groupe qui durent deux heures au terme desquelles l’initié sera même capable de juger ce que nous lui proposons ici. »

 » Je propose aussi des formations individuelles ou en groupe qui durent deux heures au terme desquelles l’initié sera même capable de juger ce que nous lui proposons ici.  » 

Comment incorpores-tu ton passé et tes autres passions à ton métier ?
« Le chant, que je fais depuis petit, m’aide énormément à m’évader. Tu ne peux pas vivre uniquement de ta passion : Lorsque tu sors de ta boutique, tu penses parfum, tu vis parfum. Il y a des moments où tu dois pouvoir faire et aimer d’autres choses. C’est cela qui te donne de l’énergie. Du coup je me repose sur le chant que j’adore. Il m’anime et tout ce qui nous fait vibrer en dehors de nos métiers se doit d’être cultivé sinon nous ne sommes plus rien dans notre travail. »

 » Il m’anime et tout ce qui nous fait vibrer en dehors de nos métiers se doit être cultivé sinon nous ne sommes plus rien dans notre travail.  » 

Qu’est-ce que l’on peut attendre prochainement de Philippe K ?
« Il y a une prochaine bougie qui va arriver, elle sera l’inauguration d’une nouvelle collection. Il y a déjà une bougie noire qui est utilisée durant les saisons froides et créer une bougie qui trouverait sa place en été, était essentiel à mes yeux. »

Le thème de ce mois est l’amour, peux-tu nous dire quelle est l’odeur de l’amour ?
« Il y a autant d’interprétation de l’amour qu’il y a de matières premières. »

 » Il y a autant d’interprétation de l’amour qu’il y a de matières premières.  » 

Est-ce qu’un homme extrêmement masculin et une femme extrêmement féminine peuvent porter le même parfum ?
« Je ne pense pas, car un homme qui est très masculin, il l’est pour des raisons qui lui sont propres. Il va exacerber sa virilité parce qu’il en ressent le besoin. Cet homme voudra une odeur boisée extrême, chimique mais rafraîchissante. Tandis que la femme ira se réfugier dans le cliché opposé pour exacerber sa féminité. ​»

Quel a été l’événement le plus important de ta carrière ?
« C’est au moment où pour la première fois, je vais voir une personne dans la rue, porter au bras un sac Philippe K. Haute Parfumerie Lausanne. C’est à ce moment que je vais comprendre qu’il existe des personnes qui s’intéressent à ce que je propose : s’acheter un parfum introuvable ailleurs à Lausanne (et parfois en Suisse), et dont les matières premières sont naturelles, pour certaines nobles. Le tout, souvent moins chers que dans le marché sélectif. »



Photo

Photo: Aurélia De Pierri
Ci-dessus: Boutique Philippe K
Vertical Divider

Le marché sélectif du parfum


Pourrais-tu nous résumer ton métier en trois mots ?
« Passion, transmission et création. »

Si tu pouvais changer quelque chose dans la parfumerie, que changerais-tu ?
​​
« Le domaine du parfum, comme tous les autres domaines, joue sur l’ignorance du consommateur. C’est pourquoi nous allons acheter un parfum de marque, parce que nous ignorons qu’il y a de mieux ailleurs. Les gens oublient que ce n’est pas de la marque dont ils doivent être fiers mais d’eux-mêmes. Comme dans toutes les activités, il va y avoir des gens qui nous veulent du bien, et d’autres qui vont essayer de nous avoir. Et c’est exactement cela que j’aimerais changer : le manque d’intégrité de certains acteurs de l’industrie ! Voilà pourquoi je cherche à éduquer les consommateurs en exposant certains critères de qualité sur lesquels ils peuvent se reposer pour mieux choisir. ​»

 » Les gens oublient que ce n’est pas de la marque dont ils doivent être fiers mais d’eux mêmes.  » 

 »  J’aimerais changer : le manque d’intégrité de certains acteurs de l’industrie ! Voilà pourquoi je cherche à éduquer les consommateurs en exposant certains critères de qualité sur lesquels ils peuvent se reposer pour mieux choisir.  » 

Si les odeurs nous rappellent des événements, est-ce qu’un événement comme le Montreux Jazz a une odeur, si oui laquelle ?
« Oui, bien sûr. Pour moi l’odeur du jazz c’est une note de cuir charnelle, très chaude, suave, piquante et douce au même temps. Donc si je devais proposer un parfum ce serait Le Galion 222. »

Et le Festival de la Cité ?
« Le Festival de la Cité, c’est Lausanne, et pour moi Lausanne c’est le pavé ! Donc je vois une note de roche humide mais en plein été.  Donc si je devais proposer un parfum se serait LIMANAKIA de Parfumerie Générale. »

Pour conclure ton métier est plutôt Chic ou Choc ?
« Chic et choc parce que c’est un métier qui est différent mais élégant. »

 » L’odeur du jazz c’est une note de cuir charnelle, très chaude, suave, piquante et douce au même temps.  » 

 » Pour moi Lausanne c’est le pavé ! Une note de roche humide mais en plein été.  » 

Vous pourrez retrouver Philippe Cart ainsi que tous les produits mentionnés dans sa boutique et sur les réseaux sociaux.

Philippe K | Haute Parfumerie
Rue Beau-Séjour 15
1003 Lausanne
parfumerie@philippek.com

Instagram

Auteurs: Alex Daraio / Helen Antwi

• À DÉCOUVRIR •


BON PLAN

Guide Cadeau


Trouvez de quoi faire plaisir, dans notre sélection de cadeau spéciale Saint-Valentin

MODE

Must-Have
pour la Saint-Valentin


Vous saurez comment vous habiller et faire chavirer le coeur de votre conjoint

SPORT

La Kizomba


La danse qui va changer vos habitudes de couple

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *