Montreux Jazz Festival 2018 : Charlotte For Ever

Le jour se déroule comme si de rien n’était. Il a l’empreinte de Charlotte.


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Photo : Collier Schorr
Ci-dessus : Charlotte Gainsbourg
Quand je me plonge dans son dernier album, tout prend des airs de Nouveau Roman, le lac léman recèle de Nouvelles vagues, un espace confiné s’étend sous mes pas. La voix de Charlotte a des couleurs. Innommables. Elles ne viennent jamais seules, explosent en confettis. Le jour débute, insensible, droit, habituel. Ce soir, j’ai rendez-vous avec Charlotte, mon quotidien n’en a pas encore conscience.
Les heures passent. Je ne réalise pas vraiment non plus. Depuis longtemps, j’organise mes petits pèlerinages intimes, à Paris, de la tombe du père à la villa, familiale ou déserte. J’imagine les pièces, le jardin. Un jour, prostrée devant le grand mur, je crois entendre quelques mots, glissés de l’autre côté. Je repars un peu sonnée.

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Photo : MJF – Marc Ducrest
Ci-dessus : Charlotte Gainsbourg
Charlotte, c’est une silhouette de papier. Froissé vers les yeux, vaporeux par le bas. Un chablon qui s’adapte aux matières environnantes, des entrelacs bouillonnants qui de temps en temps grondent par la bouche, en un écoulement timide. Une petite voix frêle. Charlotte, c’est l’électronique tantôt froid tantôt enveloppant de SebastiAn. REST, des sons érudits, comme des urgences, un cri pour déjouer la mort, l’immobile, un cri qui miaule les liens, la tendresse.​
J’avais peur que l’intime se dissolve dans la salle du Stravinski. Charlotte, je l’écoute par à-coups, avec un casque, repliée dans mes pas ou ma concentration. Ici, nous serons plusieurs, corps ondulants ou pendus à ses lèvres, nous allons cohabiter sur les Oxalis. Soit.

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Photo : MJF – Marc Ducrest
Ci-dessus : Charlotte Gainsbourg
Des cadres métalliques s’installent sur la scène. Elle arrive, esquisse un sourire et s’installe au piano. Tout s’enchaîne. Tellement, que l’on ne s’attend plus à entendre les prévisibles chansons du père.​
Mais voilà. On se surprend à sourire bêtement aux premières notes de Charlotte For Ever. Puis vient le temps de Kate, lourde de sens, mais davantage ode que hommage, davantage admirative que passive, rien ne se démonte. On fixe le grand écran : les yeux embués Charlotte n’en démord pas. La salle vibre. L’obscurité aussi. Charlotte, tour à tour cachée derrière le grand piano, debout les mains dans les poches, toute habitée de vie, de neuf, d’elle-même (patchwork de la famille, mais pas fille de), lui, scientifique ou astronaute fou derrière son monticule de babioles électroniques, la sublime en enfonçant quelques touches, la provoque en duel en tournant X bouton sur la gauche, tango de vide et de plein, devant nous muets captifs sidérés.
Ce serait écrire ce que d’autres écriront, que de parler du revival Lemont Incest. Alors je ne m’y attarderai pas.

Je ne suis pas sûre que Charlotte existe en chair et en os. Elle aura toujours quelque chose de trop gracile pour être vrai. Ce qui est sûre, c’est que sa voix et ses teintes ont habité tout l’espace (et certainement même encore quelques parcelles de nos corps).
Auteur : Laure Federiconi

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