Raïssa Casella Lorenz

Raïssa Casella Lorenz
Une rockeuse glamoure mais qui ne manque pas de bravoure


Photo

Photo : Aurélia De Pierri
Ci-dessus : Raïssa Casella Lorenz

Durant tout le mois de mai, nous allons vous parler de la femme. La femme oui, mais pas n’importe laquelle. Celle qui travaille, s’assume, communique à travers son style. Celle qui sait où elle veut aller, mais qui doute à cause de la société. Celle qui veut se réaliser et qui trouve la force de le faire toute seule. Celle qui veut avoir sa place dans ce monde et qui la cherche depuis toujours. Celle qui est glamour et rock. Celle qui admire ses héroïnes d’hier, qui contemple celles de demain et qui est la fille d’aujourd’hui.
Ce mois, nous vous parlerons d’une fille qui a su tirer d’une blessure, une force et de cette force un projet, qui aujourd’hui évolue de jour en jour. Nous vous présentons Raïssa, une femme glamour et rock qui a accepté de se dévoiler pour Chic-Choc.

Voilà 27ans que cette jeune germano-italienne vit à Lausanne et se démarque par sa sensibilité d’artiste et son sérieux de femme active. Professeure dans une école privée, Raïssa fait ce qui lui tient vraiment à cœur ; partager ses connaissances avec ses élèves pour qu’ils soient tous égaux face à la vie. Mais son métier n’est qu’une facette de sa personnalité si complexe. La jeune Lausannoise est aussi la chanteuse du groupe de rock alternatif « Critical Theory », groupe qu’elle a formé elle-même après une épreuve difficile. C’est pendant un mois chargé que cette fille d’aujourd’hui a accepté de nous rencontrer dans son studio de répétition. Une belle table dressée, sa musique branchée, Raïssa était prête pour nous parler…

Peux-tu nous dire comment tu as commencé la musique ?

« Ça fait un peu cliché, mais c’est la vérité. C’était une période un peu compliquée de ma vie. J’avais 20-21 ans et je venais de vivre un moment très compliqué dans ma vie privée. C’était aussi un moment charnière de ma vie, car je débutais dans mes études universitaires. En bref, que de changements !

La musique a toujours été là, mais comme je n’avais jamais rien vécu d’aussi spécial et d’aussi douloureux, je n’avais pas eu ce besoin de m’exprimer avant cette période. À ce moment-là, j’avais donc besoin que toutes mes émotions sortent et donc de beaucoup extérioriser.

C’est en 2010-2011 que j’ai commencé des cours de chant car avant de créer un groupe j’avais besoin d’être à l’aise avec ma voix et prête à m’embarquer dans cette aventure.


Photo

Photo : Aurélia De Pierri
Ci-dessus : Raïssa Casella Lorenz
Fin 2011, je poste des annonces sur internet pour créer mon groupe et déjà quelques jours plus tard, je rencontre le batteur qui est là depuis 2012 et qui est devenu l’une des personnes qui m’inspire le plus aujourd’hui. Les autres membres du groupe nous on rejoint par la suite. Certains sont partis, d’autres les ont remplacés, certains sont restés longtemps aussi et s’ils se reconnaissent en lisant ceci, je les remercie pour tout ce qu’ils ont apporté à ce projet ! Chacun d’entre eux a sans doute laissé une petite trace en moi qui ne s’estompera pas de sitôt. »

Photo

Photo : thehardtimes.net
Ci-dessus : Le groupe Blink 182

Quelle est la chanson qui te rappelle ton adolescence ?

La chanson qui me rappelle mon adolescence est What’s my age again de Blink 182

Savais-tu chanter avant de commencer tes cours ?

« C’est difficile de se juger soi-même…  Je préfère dire non. Finalement savoir chanter c’est surtout être à l’aise avec sa voix et maîtriser celle-ci tout en se laissant aller. Je pense que tout part de l’intérieur et quand tu te sens vraiment à l’aise, tout se détend et c’est là que ça devient vraiment intéressant à écouter pour les autres. ​»

 » Finalement savoir chanter c’est surtout être à l’aise avec sa voix et maîtriser celle-ci tout en se laissant aller. « 

Mais tout le monde peut chanter alors ?

« Il faut vraiment avoir une voix horrible pour ne pas pouvoir chanter. Moi par exemple, je ne considère pas avoir une grande voix, mais par mes textes ou par ma façon d’être, j’arrive peut-être à capter l’attention de certaines personnes. Il y qu’a voir tout ce qui marche en ce moment. Est-ce qu’ils chantent tous super bien ? Je ne pense pas. Mais il s’agit d’artistes qui arrivent à être hyper convaincants et à trouver leur public. »

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées en créant ton groupe ?

« Honnêtement c’est de trouver des personnes avec qui ça pouvait coller d’un point de vue artistique ainsi que de la personnalité. Parce qu’il y a plein de gens qui écoutent les mêmes choses que moi, mais par contre comme nous n’avons pas le même humour par exemple ou bien que leur approche au monde est totalement différente, l’alchimie ne se crée pas. »

Photo

Photo: Aurélia De Pierri
Ci-dessus : Raïssa Casella Lorenz

Tu es la seule fille du groupe ?

« Oui et j’ai toujours voulu que cela soit comme ça. Parce que, par expérience, je sais comment cela se passe quand il y a plusieurs filles et d’autres garçons au sein d’un même groupe…déjà qu’avec une seule c’est compliqué parfois ! [rires] »

Comment les autres membres du groupe voient-ils le fait qu’une femme dirige votre projet ?

« Alors ça c’est parfois délicat. J’ai souvent remarqué qu’au moment où je m’exprime, cela n’a pas toujours le même impact que si la même idée est ensuite exprimée par un autre membre masculin. Malgré l’intelligence et l’ouverture d’esprit des membres qui m’ont accompagnée et qui m’accompagnent encore aujourd’hui dans cette aventure, parfois certaines réflexions bien masculines font surface… [rires]. »

 » Parfois certaines réflexions bien masculines font surface… [rires]. « 

Est-ce que cette situation te frustre ?

​« Franchement, oui. Ce n’est pas toujours évident et par moments j’ai eu juste envie de partir. Puis je me rappelle pourquoi j’ai créé tout ça et tout ce que cela m’a apporté, tout ce que les garçons m’ont apporté et je relativise. »

Qu’est-ce que cela t’a apporté d’être la seule femme dans le groupe ?

​« J’ai quand même acquis pas mal d’assurance grâce à cela. Parce que, se dire qu’à seulement 21 ans, je « dirigeais » un groupe de garçons, c’était quand même très valorisant. Surtout qu’à la base, si j’ai créé tout cela c’était justement à cause d’une autre expérience qui m’avait complètement dévalorisée. Grâce à ce projet, je me suis dit que tout était possible, il suffit juste de se bouger un peu. »

Qu’est-ce que toi tu as apporté au groupe ?

« Un peu de discipline peut-être en faisant en sorte de se voir régulièrement pour composer etc… Mais il est vrai qu’aujourd’hui c’est surtout les garçons qui s’en chargent quand j’ai tendance à me disperser. Mais en l’imposant aux autres au début c’est surtout à moi-même que je voulais l’imposer. »

Est-il déjà arrivé que tu proposes un texte et que les autres membres du groupe le refusent ?

« Pas vraiment, ils m’ont toujours laissée m’exprimer. Ils avaient sans doute remarqué que j’en avais besoin. C’est parfois les mélodies qui ne leur plaisaient pas toujours mais être dans un groupe c’est aussi faire des concessions. Et c’est surtout en ce moment que cela devient plus compliqué parfois car j’ai besoin de changement. Je ne m’identifie plus à ce que j’ai écrit il y a 5 ans. Pour moi maintenant c’est bon, j’ai évacué tout ce que j’avais. 

Photo

Photo : facebook.com/criticaltheoryband/
Ci-dessus : Logo du groupe Critical Theory
Depuis 5 ans, j’ai vécu des nouvelles choses, je n’écoute plus les mêmes morceaux, je ne suis plus la même personne et surtout, il est difficile de faire la promotion de morceaux dont on n’est plus convaincus et d’avancer dans ces conditions. »

 » Je ne m’identifie plus à ce que j’ai écrit il y a 5 ans. Pour moi maintenant c’est bon, j’ai évacué tout ce que j’avais. « 

Quel est le message que tu veux faire passer dans ta musique ?

« Quand j’ai commencé, j’avais juste envie d’évacuer ma haine. Maintenant, je veux juste faire passer un message d’espoir, en disant que le travail paie et que si on fait des bonnes choses, tôt ou tard il y aura un retour. Mes nouvelles compositions sont aussi plus introspectives. Elles parlent d’une sorte de lutte interne que je mène depuis toujours et dont je n’avais pas forcément conscience auparavant, d’une sorte de dualité en moi, qui a finalement toujours été présente. Je suis également à un moment de ma vie où j’essaie de gagner en maturité face à certaines situations et c’est cela aussi que j’essaie de faire paraître dans mes compos. »

 » Elles parlent d’une sorte de lutte interne que je mène depuis toujours et dont je n’avais pas forcément conscience auparavant, d’une sorte de dualité en moi. « 


Photo

Photo : metalinjection.net
Ci-dessus : Le groupe Papa Roach

Donc la musique t’a servi à faire un vrai travail de deuil ?

​« Franchement oui ! Les gens se disent que ce ne sont que des textes, mais à force de les chanter, quelque chose se libère. Voilà pourquoi aujourd’hui je ne me sens plus aussi concernée par certains des morceaux composés il y a 5 ans. Car j’ai dit ce que j’avais à dire. »

​Quelle est la chanson qui te rend nostalgique ?

La chanson qui me rend nostalgique est Scars de Papa Roach

Avant, tu tirais ton inspiration de cette rage qui t’animais, mais maintenant d’où te vient-elle ?

​« Plus de mon quotidien ou dans des projections qui concernent le futur et moins à ressasser mon passé. Je porte mon attention sur le sens des choses et moins sur mes émotions. »

Photo

Photo : Aurélia De Pierri
Ci-dessus : Studio de répétition du groupe Critical Theory

Donc tu as une musique qui est plus mature ?

​« Oui. C’est aussi ce que les garçons ressentent. »

Est-ce que toute cette évolution est annonciatrice de changement de style ou tu restes toujours dans le rock ?

« Alors ça restera toujours du rock, c’est la base, c’est là où je me sens bien. Mais, je veux vraiment m’éloigner de ce vieux rock, un peu rebelle. Je cherche à aller vers un style plus aérien. »

​​Quelle est la chanson qui te motive ?

La chanson qui me motive est Secret Crowds de Angels and Airwaves

Peux-tu nous donner 3 valeurs qui te sont chères ?

  • « La justice, parce que l’inégalité me met hors de moi !
  • La passion, parce que je vis à fond tout ce que j’entreprends.
  • La différence, parce que je ne me suis jamais vraiment sentie à ma place à l’école ou durant mes études.

Quand je regarde ma sœur par exemple, elle a son groupe d’amis depuis qu’elle a 10 ans et plus! C’est les mêmes, ça ne bouge pas. Les gens se marient, ont des gosses, ça suit et ils se suivent tous ensemble. Je trouve cela très beau, mais moi je n’ai pas du tout ça. Je me suis toujours sentie un peu à part et ça a forgé quelque chose en moi d’indépendant et parfois solitaire. À chaque fois que j’avais des amis, la vie faisait qu’ils partaient à l’étranger ou que l’on se perde de vue et j’ai toujours dû recréer ces liens avec d’autres personnes. Après, je fonctionne à l’instinct, donc avec moi soit il y a un feeling et ça passe à 100% ou alors il n’y a rien. C’est peut-être un défaut… ? »


Photo

Photo : genius.com
Ci-dessus : Le groupe Angels & Airwaves

 » Je me suis toujours sentie un peu à part et ça a forgé quelque chose en moi d’indépendant et parfois solitaire. « 

En tant qu’artiste, comment fais-tu pour géré ton coté si tranché dans ton quotidien ?

« Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis une artiste, car je trouve ça hyper prétentieux de se déclarer artiste. Ce genre de « titre » ce sont les autres qui te le donnent. Mais c’est vrai que je suis une personne qui vit ses expériences à fond ou alors je ne les fais pas du tout, que ce soit dans le bonheur ou dans le malheur. Quand quelque chose se passe mal dans ma vie, je m’enfonce toute seule jusqu’au bout et quand je touche le fond, c’est là que je trouve la force de remonter la pente. On ne va jamais me trouver dans un entre-deux. Je suis une personne très sensible, donc dès qu’une chose m’affecte, je deviens hyper positive ou très négative. »

 » Je suis une personne très sensible, donc dès qu’une chose m’affecte, je deviens hyper positive ou très négative. « 


Photo

Photo : Aurélia De Pierri
Ci-dessus : Raïssa Casella Lorenz

Est-ce que tu as déjà pensé à participer à un télé-crochet ?

« Non… Généralement c’est une aventure qui se vit seul et moi, j’ai toujours voulu être dans un groupe, sûrment pour palier au fait que je n’ai jamais trouvé des personnes autour de moi à qui je pouvais totalement m’identifier. Et puis les télé-crochets sont justement mis en place pour trouver une voix spéciale. Ce que je veux mettre en avant moi, c’est un tout, un concept et pas ma voix uniquement. »

Comment se passe un processus de création ?

« Ça rejoint ce que j’ai dit avant, quand j’ai mes phases de motivation, je deviens très créative et je peux composer 5 morceaux en une nuit. »

Quelle place a la musique dans ta vie ?

« Dans ma tête, elle a une énorme place. Mais dans tous ce qui est vraiment factuel, je souhaite effectivement lui donner davantage de priorité mais ce n’est pas toujours évident à cause des études et du travail. »

Comment tu allies ta passion pour le rock et ta féminité ?

« C’est toujours la même chose, je pense qu’il y a deux côtés qui se battent en moi. Un côté très fermé et sombre et en même temps, j’ai un côté ultra ouvert et je fais très attention à mon image afin qu’elle reflète qui je suis vraiment. »

Ces deux côtés, est-ce que tu les retrouves dans ta musique ?

« Non justement, c’est ça qui m’emmerde. C’est aussi pour ça que je n’arrive plus à chanter certaines de mes chansons, parce que mes morceaux mettent en avant uniquement ce côté très dark, rebel et presque sale du rock. Il me manque l’autre côté qui est beaucoup plus ouvert et lumineux. »

​​​Quelle est la chanson que tu n’aimes pas ?

​Tous les morceaux de Ed Sheeran (sorry !)

​​​Quelle est la chanson qui te rappelle l’été ?

La chanson qui me rappelle l’été est This is what it feels like de Armin van Buuren

Photo

Photo : theaureview.com
Ci-dessus : Le Dj Armin Van Buuren

Donc dans l’avenir, tu aimerais plus te retrouver dans ta musique ?

« Oui c’est exactement ça ! Je ne me suis en effet jamais vraiment sentie à 100% à ma place dans ce monde, à cause de mes origines peut-être. Quand je vais en Allemagne, je ne me sens pas chez moi et quand je vais en Italie c’est pareil. J’habite en Suisse depuis toujours, mais je sais qu’à la base je ne viens pas d’ici. Je n’ai jamais trouvé un endroit sur terre où j’ai pu dire : « Voilà, ce lieu, c’est là d’où je viens ! ». Le seul endroit où je me sens à ma place c’est dans la musique et il devient de plus en plus important qu’elle reflète qui je suis. »

 » Je n’ai jamais trouvé un endroit sur terre où j’ai pu dire : « Voilà, ce lieu, c’est là d’où je viens ! ». « 

Comment a réagi ta famille, quand tu leur as dit que tu voulais te lancer dans la musique ?

​« Je me rappelle de mes premiers cours de chant, quand ma prof me disait d’imprimer ce que je voulais chanter. Je le faisais chez moi et ma mère me demandais ce que je faisais encore. Mes parents ne comprenaient pas pourquoi, j’investissais de l’argent dans la musique, je trouvais ça hyper blessant au départ mais aujourd’hui ils sont surtout contents de me voir faire ce dont j’ai envie. Ma sœur m’a tout de suite dit que ce n’était pas son style, mais elle a vu que je prenais du plaisir et a très rapidement été contente pour moi. »

Photo

Photo : facebook.com/criticaltheoryband/
Ci-dessus : Le groupe Critical Theory

 » Mes parents ne comprenaient pas pourquoi, j’investissais de l’argent dans la musique, je trouvais ça hyper blessant au départ mais aujourd’hui ils sont surtout contents de me voir faire ce dont j’ai envie. « 

Qu’est-ce que ça te fait de savoir que les gens écoutent ta musique ?

​« Mon but était quand même de partager cette partie de moi. Toujours dans ce même objectif de trouver ma place et de montrer aux gens que ce qu’ils écoutent c’est moi. Peut-être que grâce à ça, je vais trouver d’autres personnes comme moi, qui ressentent autant de dualité en eux. »

 » Toujours dans ce même objectif de trouver ma place et de montrer aux gens que ce qu’ils écoutent c’est moi. « 

Peux-tu nous expliquer qui est Raïssa ?

« Je dirais que je suis une personne qui essaie de rester fidèle à soi-même et qui souhaite amener chez les personnes qu’elle côtoie, au travers de la musique, au travers de son métier de prof aussi, ce petit quelque chose pour que ces personnes qu’elle croise puissent se sentir spéciales et puissent penser que tout est possible. »

​​​Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

En ce moment j’écoute Closer de ​Kings of Leon

Et pour toi, qui est la fille d’aujourd’hui ?

« C’est une fille qui a des ambitions et qui est avant-gardiste sans en oublier comment c’était avant. Elle n’a besoin de personne pour réussir mais elle est assez intelligente pour savoir qu’elle n’est pas au-dessus des autres. »

Pour conclure, tu es chic ou choc ?

​« Bah du coup les deux ! »
Ci-dessus : Le groupe Kings Of Leon

Retrouvez Raïssa et son groupe, Critical Theory, sur Facebook. Vous pouvez écouter leurs morceaux ci-dessous !

Auteur : Alex Daraio

• À DÉCOUVRIR •


BON PLAN

La Girl Box


Découvrez ce que la fille d’aujourd’hui fait

CULTURE

Star Wars, tel est ton dessin…


Les artistes suisses rendent hommages à la guerre des étoiles

MODE

Le Look Bohème


La bohème, la bohème, ça voulait dire, on est tendance !

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *