Thomas Mustaki

Le peintre Thomas Mustaki
​nous ouvre ses portes


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Photo : Mike Wolf
Ci-dessus: Thomas Mustaki

Pour notre première interview de l’année on aimerait vous parler d’un artiste très très chic mais ultra choc : le peintre Thomas Mustaki. Ce prodige de seulement 26 ans a déjà exposé à Berlin, Milan, Bruxelles et plus récemment en Norvège. Puisant son inspiration dans ses origines gréco-scandinaves, Thomas nous livre des œuvres puissantes, déstructurées et viscérales, sombres et lumineuses.

C’est durant le mois de décembre qu’il a ouvert pour nous les portes de son atelier. Nous nous sommes installés au cœur d’un appartement marqué par l’énergie de son propriétaire pour démarrer notre interview. Une clope, une bière et son fauteuil (coloré par ses mains) – Thomas était fin prêt pour répondre à toutes nos questions.

Qu’est-ce qui t’a amené à la peinture ?
« En gros j’ai toujours été attiré par tout ce qui est dessin. Je faisais pas mal de croquis étant gamin, un peu comme tous les enfants, mais j’étais constamment dans mes carnets en train de dessiner des choses. J’ai passé par une période un peu plus compliquée durant mon adolescence. J’avais 15 ans. J’ai eu un peu une espèce de cassure, et à ce moment on m’a proposé de peindre. Et c’est là que j’ai totalement croché. Je me suis mis à juste étaler de la peinture sur des feuilles de papier à l’aide d’un rouleau. Il n’y avait pas du tout, pas tout cet univers, tous ses personnages ; mais rien que le fait d’étaler cette peinture ça me… ça me procurait quelque chose d’incroyable. Un soulagement. C’était une révélation pour moi. Plus je le faisais, plus j’avais besoin de le faire, et tout d’un coup tout cet univers, tous ses personnages se sont créés, et c’est devenu absolument nécessaire à mon bien être. Après, je ne sais pas d’où proviennent tous ses personnages ; mais j’ai un côté vachement obsessionnel avec tous ses visages c’est vraiment une espèce de personnification de mes émotions si je peux définir le truc comme ça. »

 » C’est vraiment une espèce de personnification de mes émotions. « 

As-tu pris des cours ?
« Non, je suis autodidacte. Je n’ai jamais pris de cours de dessin ou de peinture. À un moment, j’ai hésité à suivre une formation ou à entrer dans une école. Mais j’ai toujours eu peur du formatage, et je me suis dit autant apprendre par moi-même vu que la démarche est tellement viscérale et instinctive. Je ne me voyais pas avoir une quelconque formation là-dessus. »

​Comment vis-tu le fait de devoir te séparer de tes œuvres ?
« C’est très compliqué. C’est une part de mon âme que je peins. Tout ce que je n’arrive pas à exprimer verbalement, je suis obligé de l’étaler sur la toile. C’est tellement de ressentis, d’émotions et de non-dits. Avec le temps, tu finis par te dire que chacun de tes tableaux c’est un de tes gosses, et tes gosses tu veux pas les enfermer dans ta cave. Au bout d’un moment tu te dis qu’il doit grandir en étant chez quelqu’un et prendre son indépendance, son envol. Mais c’est vrai que certains tableaux sont beaucoup plus importants pour moi et c’est vraiment difficile de s’en détacher.

 » Chacun de tes tableaux c’est un de tes gosses, et tes gosses tu veux pas les enfermer dans ta cave. « 

Le film « Bitten by the devil » est sorti en novembre, c’est un court métrage qui est centré sur toi, comment se sent-on lorsque l’on devient le sujet d’une œuvre ?
« J’ai rencontré le réalisateur Geoffrey Dubreuil durant un événement à Genève et nous avons tout de suite croché. Plus tard il m’a proposé de faire un court métrage en se basant sur le titre de l’une de mes créations. Le tournage s’est déroulé sur une dizaine de jours, étalé sur une année et demi.
L’attention sur moi est quelque chose qui me rend mal à l’aise. Parce que ma peinture c’est tellement plus que ce que je peux dégager en tant que personne. Du coup, je ne veux pas me mettre en avant et créer tout un personnage autour de moi. Je trouve ça dépourvu de sens. Dans le film ce que j’aime c’est que c’est moi. Il n’y a aucun artifice. »

Dans l’avenir, penses-tu rester à Lausanne ?
« Lausanne me plait énormément mais j’étouffe un peu ici.  J’aimerais m’installer ailleurs. Plutôt dans un coin de nature. Je n’ai pas cet appel des grandes villes, car je m’y sens oppressé. Mon but ultime serait d’avoir un atelier en Norvège au milieu de la foret, face à la mer, vers un lac ou à l’intérieur des terres. J’ai juste besoin d’un retour aux sources, à la nature, à écouter du Pink Floyd tout en lisant mes romans. Un peu de poésie, du Pink Floyd et la mer, vous pouvez m’abandonner là. »

 » Un peu de poésie, du Pink Floyd et la mer, vous pouvez m’abandonner là.​ « 

Qu’est-ce que l’inspiration et qui sont les artistes qui t’inspirent ?
« Pour moi c’est un besoin, c’est un assemblage d’information, d’émotions, de ressentis. J’ai trois dieux de la peinture : Francis Bacon, Egon Schiele et Edvard Munch. Tout comme eux je tire mon inspiration de la musique et de la littérature. Ma plus grande inspiration musicale est Pink Floyd. J’écoute également du Jazz dont Chet Baker et Bill Evans ainsi que du Blues. La musique française fait aussi partie de mon registre notamment Benjamin Biolay et Bashung. Je lis beaucoup Bukowski, Fitzgerald et Burroughs. Les poètes français comme Henri Michaux m’inspirent énormément. »

Comment se déroule le processus de création ?
« Quand je crée je me déconnecte. Je perds la notion du temps, des gens. Je n’ai plus conscience de rien. Je perds le contrôle, comme si on prenait possession de mon corps et qu’on peignait à ma place. J’entre comme dans une transe. C’est fou, t’as vraiment une espèce de bulle qui se crée. J’ai même parfois les pupilles qui se dilatent. Je me mets à grincer des dents comme si j’avais pris une quelconque substance. C’est très particulier, fatiguant et éprouvant. »

Quand est-ce que tu sais qu’une œuvre et terminée ?
« Ce n’est jamais fini. Si je ne vends pas un tableau, je continue à peindre par-dessus parce que mon état d’esprit ne sera pas pareil qu’au moment où je l’ai commencé. »

Ci-dessus: Thomas Mustaki

 » Ce n’est jamais fini.​​ « 

Si tu pouvais donner un conseil au Thomas d’il y a 10 ans, qu’est-ce que tu lui dirais ?
« « Vas-y mollo ». Je dis ça mais au final, je vis les choses comme je les ressens. J’ai tendance à me dire « step-by-step », « ne t’enflamme pas », « prend un peu de recul, un peu plus de sagesse ». C’est marrant j’ai l’impression d’être un sage absolu et le dernier des fous. »

 » J’ai l’impression d’être un sage absolu et le dernier des fous.​​ « 

Comment es-tu arrivé à collaborer avec la fondation Solina ?
« C’est à travers des contacts que j’ai pu apporter ma contribution à cette cause qui me tient à cœur et pour laquelle j’ai envie de me battre. »

Quel serait l’autre talent que tu rêverais d’avoir ?
« J’aurais rêvé être écrivain pour pouvoir exprimer ce que je ressens au travers des mots, des romans et de la poésie. »

Qu’est-ce que l’art représente pour toi en trois mots ?
« Passion, amour et folie. »

Qu’est-ce que l’underground représente pour toi ?
« J’adore ! J’adore ! Mais malheureusement avec le temps et en exposant dans différentes galeries, on m’a souvent dit « méfie-toi de l’underground ». Dans le sens où tu as tellement de code et de façon de procéder dans le monde de l’art, qu’au bout d’un moment tu ne peux plus revenir dans l’alternatif. »

 » Au bout d’un moment tu ne peux plus revenir dans l’alternatif.  » 

Dernière question, ta peinture est plutôt CHIC ou plutôt CHOC ?
« CHOC ha ha ha ha… mais elle est devenue un peu CHIC avec le temps. »

Vous pourrez retrouver Thomas Mustaki et ses oeuvres sur les réseaux sociaux.
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Auteurs: Alex Daraio / Helen Antwi

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